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Type Thesis or Dissertation - Doctoren Géographie
Title Parcours, Experiences, Projets: Recits de vie de migrants ouest-africains a Nouadhibou (Mauritanie)
Author(s)
Publication (Day/Month/Year) 2014
URL https://halshs.archives-ouvertes.fr/tel-01259435/document
Abstract
Introduire ses recherches, les situer, c’est aussi parler de soi. Or, comme le remarquait
justement Jacques Lévy, « les chercheurs hésitent à parler d’eux-mêmes. Ils craignent, non sans
raison, de sortir de leur compétences et de sombrer dans un narcissisme ennuyeux » (Lévy,
1995). Il est pourtant désormais admis que la subjectivité du chercheur fait partie de la
construction de son objet de recherche. C’est donc en tentant d’éviter l’écueil d’un
« narcissisme ennuyeux » que je souhaite restituer brièvement dans cet avant-propos les
conditions qui m’ont conduite à mener ces recherches dont je livre le résultat à travers cette
thèse.
Ma rencontre avec la discipline s’est faite par la géographie culturelle : la thématique
d’un concours sur la géographie des religions m’a guidée une année durant dans l’espace des
représentations, les temporalités du sacré et du profane, la géographie des croyances et celle
des pratiques religieuses. Le choix de poursuivre ma licence de Géographie à l’Université de
Paris IV est donc apparu très logique. Pourtant, après une année consacrée à la géo-histoire de
Paris, à l’épistémologie de la post-modernité ou à l’approche culturaliste des villes nordiques,
mon goût de l’ailleurs n’était pas encore satisfait et j’ai souhaité me tourner vers les
problématiques de développement au sein d’un master intitulé « mondialisation et dynamique
spatiale dans les pays du sud » avec l’option d’un parcours orienté sur « les aires culturelles
musulmanes ». Si depuis cette époque, ma vision du monde en terme d’aires culturelles a
largement été remise en cause, mon intérêt pour cette zone géographique n’a pas diminué.
Les enseignements de mes professeurs sur la dimension spatiale de l’islam, notamment à
travers les travaux de Xavier de Planhol, ou sur l’aménagement des villes du Moyen-Orient
n’ont fait qu’amplifier un intérêt né quelques années plus tôt, lors d’un voyage dans l’Atlas
marocain. Dès mon entrée en première année de master, j’entretenais donc le projet de
retourner au Maroc pour y effectuer un terrain de recherche. Peu à peu, ma directrice de
recherche4
m’a fait remarquer l’encombrement du Maroc comme terrain de recherche pour les
géographes français et m’a poussée à ouvrir mes horizons vers le Sud, tout en entretenant
mon vif intérêt pour les questions de développement. C’est alors qu’un de mes professeurs a
mentionné au détour d’une indication bibliographique, l’ouvrage de Jean-Robert Pitte issu de
sa thèse de doctorat sur la création ex-nihilo dans les années 1960 de la ville-capitale de la
Mauritanie, Nouakchott (Pitte, 1977). Ma directrice s’est empressée d’exhumer des armoires
de l’université un exemplaire de ce texte pour me le donner. La lecture de cet ouvrage s’est
immédiatement trouvée connectée à un souvenir fugace et plein de mystères sur Nouakchott.
Quelques années auparavant, au retour d’une mission de bénévolat en Guinée, mon avion
avait fait escale à Nouakchott pour prendre des passagers. La vision du tarmac par les hublots
balayé par le sable et le poussière me laissait une impression mystérieuse. L’environnement
intellectuel de cette première année de master ainsi que la reconstruction de ce souvenir, le vif
désir d’ailleurs et des discussions avec ma directrice de recherche sur le choix de la thématique
et du terrain de ma recherche de master dans l’éventualité d’une thèse ont achevé de me
4 Brigitte Dumortier, alors Maître de Conférence en Géographie à l’Université Paris-Sorbonne
15
convaincre de la nécessité que j’avais de travailler sur la Mauritanie. Après quelques lectures, le
pays m’apparut rapidement emblématique des changements urbains dans les pays du Sud et
marqué du particularisme de la dimension culturelle de « traits d’union » entre plusieurs
cultures. Tout cela me semblait digne d’un grand intérêt. J’envisageais alors un terrain anticipé
dès l’été 2006 entre les deux années de master, suivi d’un autre terrain lors du quatrième
semestre de master, consacré à une étude des problématiques urbaines dans une optique
culturaliste à Nouakchott. Je découvris quelques semaines plus tard, m’attachant à approfondir
mon étude bibliographique, les travaux de DEA d’Armelle Choplin sur Nouakchott, et qui, je
ne tardais pas à l’apprendre, écrivait une thèse sur le sujet les problématiques urbaines de la
capitale mauritanienne. Je décidais alors de poursuivre des recherches bibliographiques élargies
sur Nouakchott et entreprenais de trouver un stage dans une ONG ou dans la coopération
pour mieux appréhender la réalité spatiale de Nouakchott et y trouver une problématique plus
précise pour mon mémoire de master. Après de difficiles recherches et quelques négociations,
j’obtins la confirmation d’une ONG Nouakchottoise qui s’occupait de problèmes de
développement (pêle-mêle de formation, de ramassage des ordures, de droits de femmes) de
mon accueil dans le 5ème arrondissement de la capitale mauritanienne pour l’été 2006.
Quelques mois plus tard, je reçus l’appel d’un chercheur souhaitant me rencontrer et discuter
d’une éventuelle possibilité d’aller en Mauritanie pendant l’été 2006 pour y mener une enquête.
Comblée à l’idée de pouvoir effectuer un « vrai » stage de recherche, je trouvais une amie pour
me remplacer au sein de l’ONG auprès de laquelle je mettais engagée. J’essayai d’obtenir la
possibilité d’un séjour à mi-temps sur les deux villes : Nouakchott et Nouadhibou, mais la
réponse était catégorique, je devais consacrer mon étude à une monographie de la ville de
Nouadhibou, il s’y produisait, paraît-il, une affluence inhabituelle de migrants ouest-africains
et l’on voulait que je m’attache à en savoir un peu plus sur la question. Ma directrice de
recherche me félicita d’avoir saisi l’opportunité et rassura mes craintes sur le sujet de la
recherche en m’affirmant que la thématique était intéressante. Une fois mes examens terminés
et mes vaccins contre les maladies tropicales mis à jour, je prenais l’avion à destination de
Nouakchott puis de Nouadhibou avec pour tout bagage, la consigne de tenir un journal de
bord de mes enquêtes et observations et le numéro de téléphone d’un biologiste français en
mission à Nouadhibou qui devait m’héberger dans les premiers temps de mon séjour. À la
sortie de l’avion, commença à s’écrire une autre histoire, celle de mes différents terrains de
recherche, qui, s’échelonnèrent jusqu’en février 2011, me permettant de passer au total près de
deux années à Nouadhibou.

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