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Title Progres agricole au Cameroun, au Ghana et au Mali: Comprendre les causes et maintenir la dynamique
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URL https://search.oecd.org/fr/agriculture/politiques-agricoles/41041777.pdf
Abstract
La situation de l’agriculture en Afrique subsaharienne est souvent considérée comme
catastrophique, réclamant des actions immédiates afin que la production alimentaire
puisse continuer de répondre aux besoins d’une population de plus en plus nombreuse,
d’éviter les famines et de lutter contre la pauvreté. Les performances agricoles du
Cameroun, du Ghana et du Mali enregistrées depuis les dix à vingt dernières années
contredisent ce morne constat. Depuis le milieu des années 80, les productions vivrières
de ces trois pays ont largement pu répondre aux besoins croissants résultant de la
croissance démographique et permis d’augmenter significativement les disponibilités
alimentaires par habitant. Les exportations de cacao du Ghana ont quadruplé et les
exportations de coton du Mali ont triplé. Les production de cacao et de coton du
Cameroun ont augmenté, mais il y a eu une chute dans la production de café, autre récolte
principale d'exportation du pays.
Une autre difficulté fréquemment évoquée concerne la croissance de la production
agricole africaine qui, lorsqu’elle existe, provient essentiellement d’une extension de la
superficie cultivée – et non d’une amélioration des rendements ou de gains de
productivité des facteurs. Cependant, pour ces trois pays, l’expansion de la production est
imputable à la fois à l’amélioration des rendements et à l’accroissement des superficies
cultivées. Avant le milieu des années 80, l’atonie de la croissance des productions
vivrières observée au Cameroun, au Ghana et au Mali s’expliquait par la part de plus en
plus grande qu’occupait le territoire agricole dans des pays. En effet, entre 1964 et 1983,
le taux annuel moyen de croissance des rendements céréaliers a été négatif tant au Ghana
qu’au Mali et n’a été que légèrement positif au Cameroun. Depuis lors, cependant, la
hausse de la production céréalière a bénéficié d’une progression régulière des rendements
et d’une expansion des superficies cultivées.
De multiples facteurs ont contribué à inverser les résultats du secteur agricole. La
progression des revenus par tête a fait monter en flèche la demande intérieure et les prix
versés pour les productions végétales et animales, et ce d’autant plus que l’évolution des
prix mondiaux du cacao et du coton a généralement été positive. Mais de manière plus
structurelle toutefois, les performances du secteur agricole se sont améliorées au
Cameroun, au Ghana et au Mali à partir de la refonte majeure de leurs politiques
macroéconomiques et agricoles. Le Ghana a mis en place un mécanisme de dépréciation
progressive et s’est engagé dans un processus graduel de détermination des taux de
change par le marché, qui doit déboucher sur un flottement effectif de sa monnaie. Le
Cameroun et le Mali, ainsi que d’autres pays africains appartenant à la même zone
monétaire, ont déprécié leurs taux de change, mais les ont laissé arrimés tout d’abord au
franc français, puis à l’euro. Les objectifs assignés aux politiques macroéconomiques de
ces pays ont été un faible taux d’inflation et une réduction des déficits publics et
commerciaux.La politique agricole a été profondément modifiée. La plupart des organismes d’achat
et de commercialisation d’État ont été privatisés ou fermés, ou encore n’assurent plus
qu’une part infime de toutes les activités dont ils étaient responsables avant les réformes.
Les taxes levées sur les exportations ont été substantiellement réduites au Ghana et au
Mali, et totalement éliminées au Cameroun. Les droits de douane frappant les
importations de produits agricoles ont été harmonisés et réduits conformément aux
dispositions des divers accords commerciaux régionaux dont ces trois pays sont
signataires. Bien que l’on n’ait pas cherché à mesurer de manière formelle la relation de
cause à effet, la coïncidence entre l’amélioration des performances agricoles et la mise en
œuvre des réformes des politiques macroéconomiques et sectorielles semble trop forte
pour être ignorée.
On a souvent imputé, au moins en partie, les médiocres résultats de l’agriculture
africaine à la baisse des prix mondiaux résultant des subventions agricoles et de la
protection commerciale que les pouvoirs publics des pays de l’OCDE accordent à leurs
propres producteurs. Selon les estimations, l’ensemble des formes de soutien des prix et
de subvention des pays de l’OCDE a eu pour effet une baisse de 2 à 3 % des revenus
agricoles dans la région subsaharienne, où se situent les trois pays étudiés. Parmi les
mesures de soutien à l’agriculture des pays de l’OCDE jugées préjudiciables aux
agriculteurs de cette région, celles qui font le plus souvent la une dans les médias sont les
subventions accordées au coton. En effet, ces subventions - en particulier les aides
accordées aux producteurs des États-Unis - engendrent des prix aux producteurs de coton
maliens de 5 à 20 % inférieurs.
Les conséquences défavorables de la protection des échanges agricoles et des
subventions à l’agriculture mises en place dans la zone de l’OCDE sont en partie
compensées par les régimes préférentiels et de l’aide au développement agricole
qu’accordent les pays de l’OCDE aux trois pays étudiés. Le Cameroun profite ainsi très
largement de l’accès préférentiel accordé par les pays de l’OCDE aux exportations en
provenance de tous les pays de cette région. En revanche, la valeur estimée des
préférences dont bénéficie le Ghana est sensiblement inférieure à celle du Cameroun, et
celle du Mali encore moindre.
L’aide provenant de donneurs est la principale source de financement des
investissements publics réalisés dans le secteur agricole des trois pays considérés. Depuis
le début des années 90, les pays de l’OCDE ne cessent d’accroître le volume de l’aide
qu’ils accordent au Ghana et au Mali dans le domaine de l’agriculture, qu’il s’agisse
d’une aide bilatérale ou multilatérale. Dans le cas du Cameroun cependant, ce volume,
déjà relativement faible, a marqué un recul. Cependant, même pour le Ghana et le Mali,
les montants concernés sont généralement faibles rapportés au PIB agricole des trois
pays. De 2001 à 2005, le montant total de l’aide apportée par les donneurs à l’agriculture
représentait moins de 0.5 % du PIB agricole du Cameroun, un peu plus de 0.5 % de celui
du Ghana et moins de 2 % de celui du Mali - pourcentages qui seraient encore plus faibles
si les coûts administratifs et les pertes physiques étaient pris en compte. Par ailleurs, la
hausse de l’aide accordée ces dernières années a surtout servi à améliorer les fonctions
gouvernementales dédiées à l’administration et l’élaboration de l’action publique plutôt
qu’à renforcer les capacités productives ou optimiser le fonctionnement des marchés au
sein du secteur lui-même.

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